Pour une gynécologie féministe

Au début des années 1970 aux Etats-Unis nait le mouvement self-help. C’est en partageant leurs expériences et savoirs sur la sexualité, les moyens de contraception, les accouchements, la ménopause, entre autres, que ces femmes commencent à contester le savoir médical sur leurs corps. En effet, ce mouvement de santé des femmes par les femmes vise à la réappropriation de son corps et des savoirs appropriés par les gynécos. Une des activités des groupes de self-help est l’auto-examen : avec un spéculum en plastique, un miroir et une lampe de poche, des femmes observent leur vulve et leur col d’utérus, et apprennent collectivement à s’examiner par elles-mêmes et construisent leurs propres connaissances.

Dans les années 1970, des militantes des Etats-Unis viennent enseigner en Europe comment s’auto-examiner. A partir de cette expérience se crée à Genève un groupe “Attaque des gynécos”, qui monte une liste blanche des gynécologues recommandés, et une liste noire de ceux à éviter. Elles vont aussi à plusieurs à leurs consultations gynécologiques pour pouvoir mieux se défendre si besoin face à l’autorité des médecins.

En France, le MLAC (mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) utilise la méthode Karman pour faire des avortements clandestins entre femmes et sans médecins. Le MLAC lutte ainsi contre la médicalisation qui met aux mains des médecins le contrôle des corps des femmes et des minorités sexuelles.

Si les luttes menées dans les années 1970 ont permis de gagner les droits à la contraception et à l’avortement, ces droits sont constamment menacés. Aujourd’hui, il est encore nécessaire de lutter pour les conserver. Il est aussi possible de pratiquer les actes du self-help ensemble : pour celles et ceux qui veulent en apprendre davantage sur leur corps, des spéculums en plastique bon marché peuvent être commandés par internet !

Pour nous, unE gynécologue ayant une pratique féministe partage ses savoirs, ses connaissances et ses expériences pour nous aider à nous réapproprier notre corps. Si nous allons chez unE gynécologue, nous nous attendons à ce qu’elle/il nous dise ce qu’elle/il fait sur notre corps si nous voulons le savoir, et qu’elle/il respecte nos choix. Nous nous attendons aussi à ce qu’elle/il accepte un refus pour un examen qui ne nous semble pas nécessaire, qu’elle/il nous informe suffisamment sur les traitements et procédures qu’elle/il nous propose ; en bref, qu’elle/il fasse preuve d’écoute et nous traite comme une personne plutôt qu’un objet.